Métisse 2

Etre métisse, j’en ai déjà parlé, c’est plein de trucs amusants.

C’est aussi plein d’inconvénients… Notamment celui de ne ressembler à personne…

Petite, je me scrutais dans la glace et je cherchais, en vain, des points communs avec ma mère… Que je n’ai jamais trouvés. Et pour cause, nous n’en avons pas. Aussi semblables que chiens et chats, jamais on ne nous associe comme mère et fille.
Du temps où “appartenir à une famille” (ce temps est-il d’ailleurs révolu?) était une préoccupation majeure de mes cogitations, ressembler à ma mère m’aurait bien été utile.
Mais non, je ne lui ressemble pas. Je suppose que ca a du augmenter son angoisse de me perdre, puisqu’on ne m’associait pas à elle.

Non, à la place, je ressemble à mon père, que personne ne connait dans mon entourage, sauf ma mère. Seulement voilà, s’il y a bien une personne au monde à laquelle je n’ai pas du tout envie de ressembler, c’est bien mon père. Heureusement, en fin de compte, que personne ne le connait ici. Ca m’évite d’entendre des exclamations béates sur nos ressemblances autres que celles de ma mère.

Mais ca pose quand-même un problème, de ne pas savoir à qui on ressemble donc de penser ne ressembler à personne. Ca entretient l’idée mythique de la génération spontanée.

Voilà, même physiquement, je suis née de moi-même.

Rencontre du 3ème type

Hier soir, en rentrant du travail, je suis passée devant l’ambassade d’Haiti. Comme tous les soirs.

Mais hier soir, il y avait 3 importants personnages en costume qui discutaient sur le pas de la porte.

Alors je me suis arrêtée et je leur ai demandé s’ils étaient Haitiens. Ils l’étaient. Sénateurs, même. Et je me suis présentée. J’ai dit que j’étais la fille de mon père. Ils le connaissaient.

Je ne sais toujours pas pourquoi j’ai fait ça, moi qui le déteste tellement pour tout ce qu’il n’a pas fait.

 

Métisse

Bon, Sylvie, faut qu’on cause. Oui, oui, tu as bien entendu. Arrête de pleurer, t’as rien fait. Du moins rien que j’aie découvert ces 37 dernières secondes. Ecoute moi bien Sylvie, parce que le sujet est de toute première importance : il s’agit du métissage.

Donc la métisse. En théorie, une métisse, ça fait rêver. Peau caramel, douce, lisse, soleil couchant et chabadabadas. Dans les rêves, une métisse, c’est comme une noire ou une blanche, mais en mieux. Peau délicate, fruitée, fesses bombées, cheveux de rêve, elle se lève, belle comme le jour et se couche pour embraser la nuit. La plupart des femmes ont rêvé un jour d’être métisse, d’avoir une crinière sauvage, d’être hâlée toute l’année. La plupart des hommes ont fantasmé un jour sur une petite femme couleur chocolat chaud du matin, son rire spontané et son sourire permanent.

Parce qu’une métisse, en théorie, c’est bien ça : tous les avantages des deux ethnies dont elle est issue. Donc… peau fine d’une blanche, dont la couleur est sans artifice dorée, seins et fesses fiers d’une noire, cheveux pas raplapla mais qu’on peut toucher et dans lequel on peut enfoncer ses doigts.

Laissez-moi vous dire qu’une métisse, c’est pas vraiment ça. Et là, c’est le drame, je piétine le mythe.

Une métisse, c’est effectivement un mélange. Mais pas forcément du meilleur des deux.

D’abord, une métisse, ça a la peau mixte. Comprenez, qui boutonne vite, rougit vite, et brille vite, bien sur. Evidemment, n’espérez pas pouvoir faire un bon traitement contre la brillance, malheureuse, vous avez la peau suffisamment sensible pour que ça vous ruine la face, mais bien assez résistante pour qu’en fin de compte, ça n’ait aucun effet!
Une métisse, ça a des fesses et des cuisses… de black. Comprenez, inrentrable dans un jean européen non-stretch. Surtout si ça a tendance à forcer sur le chocolat. Parce qu’une métisse, c’est pas forcément une liane de la savane sous la pluie de novembre, ca peut aussi être rond. Voire gros.
Une métisse, quand ça ne voit pas le soleil, c’est pas couleur lait russe. C’est vert. Enfin verdatre. Pis ça a des cernes aussi.

En fin de compte, être une métisse… c’est être une femme comme les autres, mais susciter beaucoup d’attentes dans le chef de l’autre.

Et la métisse, c’est moi.

PS : Tout ce que j’énonce sont certes des clichés mais qui me sont servis, plusieurs fois par an et pas que par des dragueurs sur Meetic ( tiens, faudra qu’on en parle)!

Petit précis de mathématique gouvernementale

Quand on sert la Justice et que c’est ta joie, il arrive que tu ailles au travail comme tu lis un roman de Kafka. Il arrive aussi que tu te rendes sur le lieu de ton quotidien supplice en te demandant dans quelle farce sur-réaliste tu vas bien pouvoir jouer.
Et ca, c’est mon cas tous les jours depuis un peu plus d’un an.

Le nerf de la guerre, l’épineux problème? Les bureaux.
Parce qu’ils ont finement pensé tout ça. Depuis 10 ans, une aile doit être aménagée pour mon service, dans un autre bâtiment de la prison. Depuis 10 ans, donc, on a stocké temporairement mon service dans un bâtiment en préfabriqué censé tenir… 4 ans.
Il y a 10 ans, ce splendide batiment en plastique et carton pâte contenait 8 personnes et 18 locaux, dont une salle de réunion. Il y a 5 ans, augmentation de cadre, on passe à 13 personnes, toujours 18 locaux.
Et il y a 2 ans… l’Etat octroie encore du personnel, nous voici 17 personnes dans… 17 bureaux. Déjà, là, normallement, tu sens bien le boulet arriver. De réfection, donc ouverture, de la nouvelle aile point de nouvelles.
Depuis que je suis là, nous demandons que le préfabriqué soit prolongé par d’autres bureaux et on nous répond que “non, vu que l’aile sera bientôt construite en… 2012″ (le fait que les travaux étaient censés commencer en 2004 et durer 4 ans, que nous sommes en 2008 - en novembre- et que les travaux n’ont TOUJOURS pas commencé n’est qu’une incohérence de plus que nous ne relèverons pas. Sans compter que je ne sais pas si quelqu’un a déjà vu une entreprise de travaux de l’état terminer un travail en temps et en heure).
Cette semaine, ce qui devait arriver arriva… On nous annonce 3 personnes de plus pour…. la semaine prochaine. Toujours 17 bureaux et nous serons… 20.

Pensez vous qu’ils nous ajoutent des bureaux? Maiiiis non. Pensez vous qu’on condamne la salle de réunion pour en faire des bureaux? Que nenni. Pensez vous que les travaux de la nouvelle aile ont commencé? Peau d’zob. Pensez vous qu’on nous demande notre avis? Quetchi. Pensez vous qu’on répond à nos questions, sollicitations? Que dalle.

Donc, la semaine prochaine, nous avons 3 nouveaux collègues. Et aucun bureau pour les accueillir. Voilà qui fait plaisir.

Je crois qu’il serait de mauvaise fois de revenir sur les faits suivants :

- notre surveillant a été viré, manu militari de son bureau pour être installée dans un espace constitué sur base du rétrécissement d’un bureau existant (ben oui, le préfabriqué c’est facile, on peut bouger les parois comme on veut) installé dans le couloir, sans fenetre qui s’ouvre et sans chauffage.
- Ajoutons que le-dit surveillant n’a plus accès au panneau qui lui permet de vérifier si nous utilisons nos alarmes silencieuses… Puisque celui-ci ne peut être déplacées dans le couloir. Nous pourrons donc nous faire étrangler tranquille dans nos bureaux, soyons rassurés.
- le préfabriqué censé tenir 4 ans accuse sa décénie et il pleut régulièrement dans les bureaux et…. sur les gaines électriques. A une collègue qui a pris une décharge quand elle a voulu allumer ses plafonniers, il lui a été répondu qu’elle n’avait qu’à plus les utiliser… Et qu’on débloquerait un budget spécial pour un… hallogène.
A une autre, dont une des prises était gorgée d’eau, on a recommandé de ne surtout pas utiliser cette prise-là et de tout brancher sur l’autre, en utilisant rallonge sur rallonge.

Le tableau ne serait pas complet si je disais qu’évidemment, la chaudière ne permet pas de chauffer correctement tous les bureaux en plus et que nous faisons donc une consommation effrénée de cafés et autres thés que nous devons chauffer avec des bouilloires électriques qui font…sauter les plombs. Nous devons donc choisir entre recommencer inlassablement le travail que nous étions en train de taper ou mourir de froid.

Mais ca, sincèrement, c’est de la mauvaise foi.

Je sers la Justice et c’est ma joie…

Le chantier

Ce chantier, c’est moi.

Je me sens complètement en mutation… et c’est à la fois désagréable et excitant. J’ai trente ans, dans moins d’un an, il est temps que j’accouche de moi.

Je dois encore me trouver une mère de substitution et règler mes problèmes avec la vraie.

Et je dois aussi me trouver professionnellement… il y a presque 10 ans, j’ai entamé, par hasard, des études d’assistante sociale. Et j’ai aimé. Ca correspond bien à une partie de moi, j’aime… activer des choses chez les gens. Je n’envisage pas mon métier comme de l’occupationnel, comme une façon d’acheter de quoi manger ou comme une façon de permettre aux gens de se défaire de leurs responsabilités. Bien au contraire, mon métier me remplit, me passionne… mais il m’épuise. Donner responsabilité sur sa vie, c’est, à mes yeux, donner dignité humaine. Et j’aide à ça mais être responsable demande bien plus de capacités intellectuelles et affectives qu’on ne le pense… et un nombre incalculable de gens ne possèdent pas ces pré-requis. Les posséder, les approprier après l’enfance est un chemin difficile que certains renoncent à parcourir… et la personne qui les accompagne sur ce chemin donne autant de temps que d’âme. En tout cela, mon métier me fascine… et me vide.

Et puis au fond de moi, il y a des parts qui se taisent depuis longtemps et qui veulent enfin avoir droit à la parole : il y a celle qui cuisine, qui a envie de parler très souvent (aussi souvent que celle qui mange… coincidence?), il y a celle qui voit des couleurs, qui a envie de les assembler, en tissus ou en photos, sans prendre le temps d’apprendre une technique adéquate. Celle qui veut enseigner en a ras-le bol aussi, de devoir exécuter sans transmettre la passion à quelqu’un. Celle qui voyage a les ailes en cage et se lamente. Le petit chef en moi meurt d’envie, lui aussi, de mettre quelque chose sur pied.

Où vais-je trouver tout ca en même temps?

Dies Irae

J’écume

De

Rage

Depuis la dernière séance de thérapie familiale avec ma mère.

Son omniprésence et son incompétence me font gerber. Son omniprsente incompétence. Son incomptente omniprésence.

Elle m’emmerde, et elle m’encombre.

Comme mon père, il y a 12 ans de ça. Mais lui, il a eu le bon gout de mourir.

Le plus beau jour de ma vie

The D-Day est arrivé. Un an que je le prépare, un an que je l’attends, une éternité que je l’espère. J’ai tout planifié, de la tenue à la musique, ma robe m’attend, parfaite, faite pour et sur moi.

Mais.

Mais ce matin, je suis chaffouin. Je n’ai pas bien dormi, je me sens grosse, je me sens moche, je me sens déguisée avant même d’être sortie de mon lit. C’est le Fuckin’ bad day, celui où rien ne me va, tout m’emmerde, les gens sont cons et je doute de tout. Pourtant, ce jour-ci, précisément aujourd’hui, je ne peux absolument pas douter! Parce que ce jour est unique, parce qu’il se doit d’être sincère, parce que mes amis m’attendent, parce que c’est la fête de l’honnêteté et de l’engagement…. Et moi, je doute.

Alors ce jour-ci, aujourd’hui, je le passerai fardée, blasée, énervée. Et je serai grosse et avachie sur les photos. Et j’aurai gaché le plus beau jour de ma vie.

Je ne sais jamais comment je me sentirai le lendemain. Je ne sais jamais si ce sera un bon jour ou un mauvais jour. Je peux mettre toutes les chances de mon côté mais…

Alors après tout, peut-être qu’il vaut mieux que je n’ai pas de plus beau jour de ma vie. Je serais encore capable de le gâcher.

Le nom de ma mère

Je porte le nom de ma mère.
Parce que quand je suis née, mon père n’a pas pu me reconnaitre : il était marié et les hommes mariés ne pouvaient reconnaitre les enfants que de leur épouse légitime.

Ouais, être un gosse dans le dos, c’est ça aussi.

D’un pur point de vue féministe, c’est pas mal : on m’a attribué le nom de la personne qui m’a élevée et non pas attribué sans réfléchir le nom de mon père.
D’un pur point de vue familial, c’est pas mal : unique petit-enfant de mon grand-père, son frère à lui n’ayant eu qu’une fille, si je n’avais pas hérité de ce nom-là, il aurait disparu. Ainsi, grâce aux hasards du calendrier et à la modification de la loi, je pourrai, si je le désire faire perdurer le nom de mon grand-père en le donnant à mes enfants.
Ai-je envie de faire perdurer le nom de ce grand-père, tyran domestique (selon ma mère)? Ai-je envie d’appartenir à cette famille? Me sens-je appartenir à cette famille? Graves questions….

D’un pur point de vue personnel, porter le nom de ma mère n’est que la marque du rejet. Il est l’absence de père, l’absence de reconnaissance, l’absence d’existence et l’amputation d’une moitié de racine. Le nom de ma mère est surtout la marque des “pas comme les autres”. Bien sur, on peut tourner une particularité en fierté, bien sur, il y a pire dans la vie… Mais quand on rêve d’être passe-muraille, être “celle qui porte le nom de sa mère” enfant et adulte, c’est toujours compliqué et douloureux, parce qu’il faut toujours expliquer.

J’aimerais inventer mon nom, comme je me suis inventée.

Les yeux de votre servitrice

Sur l’excellentissime blog de fille d’Hélène : là!

La dinde aux marrons

Hier, séance de thérapie familiale avec ma mère. Inexplicable mais intense et très difficile. Une heure et quart de règlement de compte qui me laisse émotionnement exsangue.

Bien entendu, après ça, j’ai mal dormi. Rêves d’attentat, de prise d’otage, de métro bondé dont on ne peut sortir… Rien d’étonnant, quand on connait ma relation avec ma mère.
La première fois, la thérapeute avait posé la question de la dispute comme moyen de maintenir une distance nécessaire entre nous. Je n’avais pas du tout adhéré parce que je l’avais entendu comme “j’utilise la dispute comme le moyen de ne pas MOI me rapprocher trop d’elle”. Hier, je l’ai entendu comme “j(utilise la dispute comme le moyen d’ELLE ne pas trop la laisser s’approcher de moi”. Et ça me parle plus, vu l’état de siège que j’éprouve. A méditer.

Par contre, et là je m’inquiète sérieusement pour ma santé mentale… j’ai rêvé de dessert que je cuisinais, à base de crème de marron et de blanc d’oeuf en neige cuit au four et qui formait comme une pièce montée : une couche de blanc en neige, une couche de crème de marrons, etc. Or, ce dessert, je ne l’ai jamais mangé. Pour les oeufs qui servent de “fond de tarte”, je l’ai lu hier au détour d’une recette light… Mais là… et le pire, c’est que j’ai envie d’essayer de le faire!