Métisse 2
Etre métisse, j’en ai déjà parlé, c’est plein de trucs amusants.
C’est aussi plein d’inconvénients… Notamment celui de ne ressembler à personne…
Petite, je me scrutais dans la glace et je cherchais, en vain, des points communs avec ma mère… Que je n’ai jamais trouvés. Et pour cause, nous n’en avons pas. Aussi semblables que chiens et chats, jamais on ne nous associe comme mère et fille.
Du temps où “appartenir à une famille” (ce temps est-il d’ailleurs révolu?) était une préoccupation majeure de mes cogitations, ressembler à ma mère m’aurait bien été utile.
Mais non, je ne lui ressemble pas. Je suppose que ca a du augmenter son angoisse de me perdre, puisqu’on ne m’associait pas à elle.
Non, à la place, je ressemble à mon père, que personne ne connait dans mon entourage, sauf ma mère. Seulement voilà, s’il y a bien une personne au monde à laquelle je n’ai pas du tout envie de ressembler, c’est bien mon père. Heureusement, en fin de compte, que personne ne le connait ici. Ca m’évite d’entendre des exclamations béates sur nos ressemblances autres que celles de ma mère.
Mais ca pose quand-même un problème, de ne pas savoir à qui on ressemble donc de penser ne ressembler à personne. Ca entretient l’idée mythique de la génération spontanée.
Voilà, même physiquement, je suis née de moi-même.