Petite conne (3)

Il pleurait. Jamais je ne l’avais vu dans cet état. Même à la mort de Mamy, même à son départ à la retraite, même à l’annonce puis la naissance de son premier petit-enfant.

Jamais je ne l’avais vu craquer, mon héros. Il avait toujours été fort, droit, dur au mal. Sensible, cependant, je le savais très bien. Il a cette intelligence du coeur qui lui permet de rester sensible, affectueux, sans jamais donner l’impression d’être ému. Et j’y ai cru. J’ai longtemps cru qu’il était ce roc, cet ilôt dans la tempête, à laquelle la famille pouvait se raccrocher. J’y croyais encore, il y a 3 minutes.La famille, parlons-en tiens, c’est un drôle de mot pour cet ensemble de gens qui se reconnaissent, dont certains sont issus les uns des autres, d’autres se sont choisis. Et voilà, on mélange le tout, on secoue, on enfante, on se marie et…la famille. Ma famille. Ma mère, réservée, plus froide. Mon père, au charbon mais accessible, un antithétisme à lui tout seul.

Et puis … il a pleuré et a prononcé ces deux mots : petite conne.

Et moi, comme une petite conne, j’ai pleuré avec lui.

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